Il y a quelque chose, en ce moment, qui me frappe partout autour de moi :
cette agitation silencieuse des gens qui cherchent désespérément un sens à tout.
Chercher un sens à sa vie, à ses relations, à ses choix, à la souffrance, au bonheur — comme si chaque instant devait absolument signifier quelque chose pour être valable. On dirait que la vie contemporaine s’est transformée en une quête constante d’explications, de réponses, de justifications. Une quête qui finit parfois par nous éloigner de nous-mêmes.
C’est précisément là que la pensée d’Albert Camus revient me rejoindre.
L’absurdité, chez lui, ce n’est pas le chaos ou l’irrationalité.
C’est ce moment de lucidité où l’on comprend que la vie ne répond pas à nos questions, et que pourtant nous continuons à en poser.
C’est le face-à-face entre notre besoin humain de cohérence et une réalité qui ne nous offre pas toujours de sens clair.
Et plus j’avance, plus je réalise à quel point cette recherche de sens peut devenir… une forme d’abrutissement.
À force de vouloir expliquer nos vies, on finit parfois par les fabriquer artificiellement.
À force de se créer des réponses, on se crée aussi des besoins : besoin de comprendre, besoin de valider, besoin de prouver, besoin de trouver une raison à tout ce qui nous arrive.
Comme si la simple expérience de vivre ne suffisait plus.
Camus disait que l’absurde n’est pas une conclusion, mais un point de départ.
Ce que je comprends aujourd’hui, c’est que renoncer à trouver un sens absolu ne signifie pas renoncer à vivre — au contraire.
C’est peut-être se libérer d’un poids inutile.
Nous ne sommes pas obligés d’interpréter tout ce qui se passe.
Nous ne sommes pas obligés d’ajouter des couches de sens à des événements qui n’en portent peut-être pas.
Nous pouvons laisser les choses être simplement ce qu’elles sont : des fragments, des mouvements, des passages.
Ce texte est le début d’un essai que je prépare.
Un essai sur l’absurde, sur nos illusions de sens, sur les pièges du nihilisme moderne, mais aussi — et surtout — sur la possibilité de vivre autrement.
Pas dans une quête essentielle de réponses, mais dans une présence au réel qui ne demande plus d’explications pour exister.
Je crois qu’on peut retrouver une forme de liberté en abandonnant l’idée que la vie doit servir quelque chose.
Qu’elle doit être utile, signifiante, brillante, exemplaire.
Et qu’en arrêtant de chercher la justification de tout, on se rapproche un peu plus de soi-même.
Ce blog est une porte qui s’ouvre.
Le reste viendra dans l’essai.
sSur le marché du bonheur et l’absurdité moderne
Il y a aussi quelque chose d’autre qui me frappe :
toute cette industrie du bonheur qui s’est installée comme un marché parallèle à la vie elle-même.
Partout, on voit surgir des coachs de vie, des vendeurs de méthodes miracles, des livres aux titres lumineux — Le bonheur dans ta cour, Le bonheur à portée de main, Comment devenir la meilleure version de toi-même…
On dirait que le bonheur est devenu une marchandise, un produit comme un autre, avec ses logos, ses slogans et ses prix d’entrée.
Je ne pars pas en guerre contre ces gens-là.
Ils répondent à une demande réelle, dans un monde qui laisse beaucoup de gens épuisés, perdus, essoufflés.
Le capitalisme finira toujours par vendre ce que les humains cherchent.
C’est la règle du jeu.
Mais ce que je vois en 2025, c’est une incohérence profonde :
on promet un bonheur futur pour mieux détourner les gens du bonheur présent.
Quand tu vas gagner plus d’argent, tu vas enfin être heureux.
Quand tu vas être à la retraite, là tu vas vivre.
Quand tu vas acheter telle formation, tu vas comprendre.
Quand tu vas avoir retrouvé ta flamme intérieure, ton âme sœur, ton purpose…
On nous vend l’idée qu’il faut aller ailleurs pour se trouver.
Ailleurs pour respirer.
Ailleurs pour devenir quelqu’un.
Et pendant ce temps-là, la vie réelle, elle, passe.
Le problème, ce n’est pas le désir d’aller mieux.
Le problème, c’est de croire qu’il faut toujours attendre pour être heureux.
D’attendre le prochain salaire, la prochaine relation, la prochaine maison, le prochain « niveau ».
Comme si notre existence était un jeu vidéo où il faut débloquer des bonus pour accéder au bonheur final.
Et plus on monte nos revenus — je le vois — plus on monte nos dépenses.
Plus on travaille pour maintenir un standard, plus on alourdit nos journées, plus on se déconnecte du simple fait d’être.
C’est ça, l’absurdité moderne :
croire qu’on peut acheter le bonheur, alors qu’on ne fait que s’acheter du bruit, du mouvement, des distractions… et parfois de nouvelles cages dorées.
Je ne sais pas si Camus aurait ri ou pleuré de voir ce que nous faisons aujourd’hui du sens et du non-sens.
Mais je sais une chose :
plus je me détache de cette course, plus j’apprends à vivre vraiment.
Sans promesses, sans illusions, sans projections.
Juste dans l’expérience brute, parfois difficile, parfois douce, mais présente.
C’est ce que j’ai envie d’explorer dans mon essai à venir.
Non pas comment trouver le bonheur…
mais comment cesser de le fuir.
Et au fond, peut-être que la question n’est pas de savoir comment être heureux, ni même où trouver le sens, mais plutôt d’accepter que la vie n’en garantit aucun.
Si tout est peut-être absurde, alors qu’est-ce qui nous empêche de vivre malgré tout — ou à cause de tout ?
Sommes-nous prêts à renoncer à cette quête infinie de réponses pour enfin habiter le présent tel qu’il se donne, sans promesse ni mode d’emploi ?
Sommes-nous capables de cesser de courir après un bonheur extérieur pour découvrir ce qui existe déjà, silencieusement, en nous ?
Je ne prétends pas détenir la vérité.
Je pose seulement la question.
Et peut-être que c’est là que tout commence.
— Extrait de l’essai à venir
— Léa Calum



